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Congé menstruel : on en est où ?

Posté par Anaïs Koopman le
Congé menstruel : on en est où ?

Sur le Journal de Moodz, on parle des règles, et notamment de la manière dont de nombreuses personnes menstruées souffrent pendant cette période… qui tombe souvent sur des jours de travail ! Pour certain.e.s le congé menstruel est la solution. Pour d’autres, pas du tout !

Alors, qu’en est-il du congé menstruel dans le monde ? Et en France, où en est le débat sur la question ? Quels sont les arguments de ses défenseurs, et ceux de ses opposants ? Moodz enquête pour toi.

État des lieux du congé menstruel dans le monde 🌏

Le congé menstruel, quésaco ? Le principe est simple. Son application, un peu moins. L’idée, c’est de pouvoir poser des jours de congé lorsqu’on a des règles trop douloureuses pour pouvoir travailler.

En France, le congé menstruel n’a pas encore sa place dans la législation. Il a cependant sa place dans d’autres endroits du globe... plutôt en théorie qu’en pratique, la plupart du temps :

  • Tout commence au Japon, en 1925. Des femmes ouvrières travaillent parfois jusqu’à 10 heures par jour et sont souvent sujettes à des fausses couches, tellement leur quotidien est dur. Pour l’adoucir un minimum, elles se battent pour le droit de se reposer lorsqu’elles sont réglées : c’est la première fois que l’idée d’un congé menstruel est mise sur le tapis.

  • Quelques années plus tard, en 1931 et toujours au Japon, un bureau d’études de produit alimentaire le met en place. Des années plus tard, en 1974, le pays autorise le congé menstruel dans sa loi. Une grande première dans le monde. Le truc, c’est que seuls les employeurs décident de la durée d’absence autorisée et de sa rémunération, ou non. Et puis, dans les faits, de moins en moins de personnes prennent des jours de repos pendant leurs règles au Japon : c'est le cas de seulement 0.06% des Japonaises en 2016, contre 26% en 1965

  • Un an plus tard, en 1948, l’Indonésie statue pour l’autorisation de prendre deux jours de congés payés par mois, pour les femmes qui en ressentent le besoin pendant leurs règles. En 2003, le pays revient sur la législation : les entreprises ne sont pas obligées de payer les congés menstruels. D’ailleurs, un avis médical doit être demandé par les employeurs pour s’assurer que les femmes sont bien menstruées ces jours-là. Résultat : très peu de femmes y ont recours. 

  • En 2001, la Corée du Sud saute le pas et chaque femme peut prendre un jour de non payé congé par mois... sans y être réellement encouragée : celles qui n’en prennent pas touchent une prime

  • En 2013, Taïwan autorise les femmes à prendre 3 jours de congés menstruels (pas forcément payés) par an. L’autre côté de l’iceberg ? Certaines personnes ont vu leur salaire baisser de… 50%, après avoir pris ces jours de repos.

  • En 2015, la Zambie propose un jour supplémentaire de congé pour les femmes menstruées, sous simple demande. Ce jour est appelé "la fête des mères”, et non "congé menstruel". Oui, les règles sont encore et toujours un tabou. 

  • En 2017, c’est l’Italie qui se lance. Les personnes qui ont des règles douloureuses peuvent demander trois jours de congés payés par mois. Pour ça, l'obligation de l’attestation d’un médecin est aussi au menu

Le débat sur le congé menstruel en France 🇫🇷

congé menstruel
Illustration : jessicameyrick.com

Aujourd'hui, le congé menstruel est encore très débattu en France, aussi bien sur sa mise en place que sur ses possibles conséquences. 

APPLICATION

Ceux.celles qui sont contre le congé menstruel s'inquiètent de sa mise en place : Comment évaluer sa durée du en fonction de la douleur ressentie, propre à chacun.e ? Et puis, est-ce qu’il faudra présenter un certificat médical à son employeur, pour prouver ces douleurs, longtemps ignorées au sein de la médecine ? D’ailleurs, est-ce que le congé sera pris en charge par l’entreprise ou la sécurité sociale ?

Il y a aussi des hésitations liées au tabou des règles, encore bien présent. Et si, malgré son autorisation, le congé menstruel n’était pas demandé par les personnes menstrué.e.s concernées, n’osant pas parler de leur intimité au travail ?

CONSÉQUENCES

Du côté de la défense, on soutient que les personnes concernées par les dysménorrhées (aka l’ensemble des douleurs liées aux règles) ont besoin de ce congé, aussi bien pour qu'elles se sentent le mieux possible pendant leurs menstruations, que pour minimiser l’impact que les douleurs auront sur la qualité de leur travail

Mais d’après les opposant.e.s, des congés payés supplémentaires pour certaines personnes menstruées comportent plusieurs risques. D’abord, elles.ils ont peur que certains recruteurs privilégient l’embauche des hommes. En d’autres mots, elles.ils craignent que ce congé renforce les inégalités femmes/hommes déjà bien présentes dans le monde du travail.

Par exemple, l’association féministe Les Affranchies, va dans ce sens : comment atteindre égalité salariale femmes/hommes, si certaines femmes demandent deux jours de congés payés supplémentaires par mois ? Et plus généralement, comment faire pour prendre en compte la douleur de certaines femmes, sans pour autant la faire passer pour une “faiblesse féminine”, ou encore diviser celles qui ont mal, et celles qui ne souffrent pas ? #DiscriminationPositive.
De son côté, l’association Les Effronté.es a peur que le secret médical ne disparaisse avec l’obligation de prouver qu’on souffre durant ses règles au travail !

L’alternative : le télétravail pour tous.tes 💁🏻‍♀️

Au lieu de faire une différence de traitement entre les personnes menstruées et non-menstruées, certain.e.s préfèrent mener un “combat dégenré” en normalisant le télétravail pour tous.tes (lorsque celui-ci est possible, selon les différents poste). L’idées, c'est donc de permettre plus facilement aux salarié.e.s de travailler de chez elles.eux.  Dans quel objectif ? Pour que celles.ceux qui souffrent de règles douloureuses puissent se préserver physiquement (avec une culotte menstruelle, c’est encore mieux of course), sans forcément devoir expliquer pourquoi elles.ils télétravaillent. Et si les dysménorrhées sont la raison, cela leur évitera d'être en décalage par rapport à leurs collègues et d'avoir à arrêter de travailler totalement

Quel que soit ton avis sur la question, l’important est que tu trouves des moyens pour te ménager au mieux si tu fais partie des personnes qui souffrent pendant leurs règles ! Alors, take care.

Illustration de garde : @fashion.illustrator_